La bibliotheque la nuit Musee de la civilisation Quebec

La Bibliothèque, la nuit

La première tablette de ma bibliothèque contient les œuvres d’auteurs français. Sur la deuxième tablette, la littérature québécoise, qui déborde sur la troisième, à côté de la littérature étrangère-autre-que-française. Je réunis les différents livres d’un même auteur, mais je ne respecte aucun ordre précis. Chaque fois que je cherche un livre en particulier, je dois donc parcourir tout l’étage pour le trouver. Mon regard s’arrête sur chaque titre, je ne tente pas de l’accélérer. Je pense un instant à chaque tranche, et je laisse les pensées venir. Je suis surprise d’avoir tel livre, je regrette de ne pas encore avoir lu celui-ci, je me dis que celui-là plaira à tel ami. J’en prends un que j’ai beaucoup aimé, j’en lis quelques lignes, quelques pages.

Devant les livres bien enlignés, je fais des piles: les livres à lire prochainement, en ordre d’importance ou d’envie. Les livres commencés et laissés de côté pour différentes raisons. Les livres achetés récemment et pas encore classés. Chaque fois que le cherche un livre, je dois déplacer les piles. Et tant qu’à les avoir dans les mains, je les regarde. Je refais l’ordre de chaque pile. Je lis quelques lignes des nouveaux, pour savoir dans quel ordre les classer parmi ceux à lire.la-bibliotheque-la-nuit-livres

J’ai surtout des éditions de poche, quelques rares éditions de luxe. Des livres qui sont dans ma bibliothèque depuis mon enfance. Des livres à la tranche effilochée de les avoir trop lus. J’essaye de me rappeler des livres qui manquent. Je me demande depuis des années qui a ma copie de Regards et jeux dans l’espace, de Saint-Denys-Garneau… Ça dit quelque chose à quelqu’un?

Que dit une bibliothèque personnelle sur l’identité de son … propriétaire, organisateur, architecte? Que nous apprennent son choix d’œuvres, bien sûr, mais aussi la façon dont il agence les livres, le style des éditions qu’il choisit, son comportement quand il fouille dans les rayons? Notre façon de présenter les livres dans notre espace de vie est très révélateur.

Chaque bibliothèque publique a aussi son identité. Elle modèle notre expérience des livres. Elle nous les fait découvrir dans un bâtiment moderne et plein de vie, ou encore dans un temple consacré au silence et à la connaissance. Elle se présente comme un musée, ou elle appelle à la participation du visiteur. De magnifiques bibliothèques ont été construites, un peu partout dans le monde, et chacune propose une relation différente au livre. C’est à ce concept que s’est intéressée une équipe incroyable, pour réaliser l’exposition La bibliothèque, la nuit, au Musée de la civilisation.

La bibliotheque la nuit Musee de la civilisation Quebec

Conçue par Robert Lepage et Alberto Manguel, La bibliothèque, la nuit réunit une exposition muséale classique, une présentation multimédia, et surtout une expérience de réalité virtuelle, portées par une mise en scène savante.

On vous accueille à l’entrée de l’exposition, pour vous mener dans une salle close, en tout point ressemblante à la bibliothèque personnelle d’Alberto Manguel. Le narrateur vous y explique l’influence qu’un lecteur a sur sa bibliothèque. Il vous parle de la sienne, de ses œuvres de prédilection, alors que tout autour de vous, la pièce prend vie. Votre regard et votre attention sont guidés par des jeux de son et lumière à travers les rayons, les tableaux aux murs, les fenêtres. Un guide vous explique ensuite le fonctionnement du matériel,  avant de vous guider vers la salle de visite virtuelle. Confortablement assis, équipé d’un casque de réalité virtuelle et d’écouteurs, on peut visiter bonne quantité de bibliothèques à travers l’espace et le temps, toutes des joyaux. On nous présente leur histoire, leur architecture, l’usage que les gens en font aujourd’hui. Dans chaque bibliothèque, les différentes mises en scène et animations nous gardent en éveil constant. Il faut veiller à ne rien manquer de l’action, qui se déroule partout autour de nous. On a parfois l’impression d’avoir l’air un peu ridicule, remuant la tête dans tous les sens et souriant à tout va, mais l’émerveillement nous le fait vite oublier. Justement, je vous conseille vivement de rester quelques minutes assis(e) dans la salle, après avoir retiré votre casque. Vous pourrez non seulement profiter de la beauté du décor, mais aussi observer vos compagnons visiteurs en action, histoire de vous arracher un dernier sourire avant de vous diriger vers la suite.

L’exposition elle-même présente des livres uniques et magnifiques: manuscrits, livres d’illustrations, partitions musicales, etc. Des œuvres qu’il faut prendre le temps d’apprécier, considérant leur fragilité, leur valeur. On nous fait réfléchir sur le rapport à la littérature, à la connaissance, sur ce que le livre a d’unificateur, de fédérateur. On nous présente des personnages célèbres, leur philosophie, leur apport aux domaines de la littérature et de l’imprimerie.

On ressort de La bibliothèque, la nuit avec une foule de sensations: celle d’avoir vécu une expérience unique, d’avoir voyagé, d’avoir eu accès à des raretés.

Je suis rentrée chez moi en pensant à mes livres. Je les ai retrouvés aussitôt passé le pas de la porte. J’en ai ouvert un et j’ai commencé à lire. C’est un univers en soi qui existe dans chaque livre. Tout lecteur en est conscient. Mais c’est tout un monde aussi que celui des livres en général. On l’oublie trop souvent, et cette exposition nous le rappelle de la plus belle façon dont on puisse rêver. La bibliothèque la nuit  sera présentée jusqu’au 2 avril 2017, au Musée de la civilisation: à ne manquer sous aucun prétexte.

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